Lorsqu’une personne décède, le versement de sa pension de réversion ne profite pas automatiquement au seul dernier conjoint. Si le défunt a connu plusieurs unions officielles, la question du partage se pose inévitablement. En présence de pension de réversion plusieurs ex-conjoints, les caisses de retraite appliquent des règles strictes basées sur la durée des mariages et le respect de critères d’éligibilité précis.
Comprendre le mécanisme de répartition permet d’éviter les mauvaises surprises et de savoir exactement à quoi s’attendre lors du dépôt des demandes.
Sommaire
Le principe de base : le mariage comme unique sésame
Avant d’aborder la répartition entre plusieurs bénéficiaires potentiels, un principe fondamental s’impose : seul le mariage ouvre droit à la pension de réversion.
- **Le mariage :** Qu’il s’agisse du conjoint survivant ou d’un ou plusieurs ex-conjoints divorcés, le lien conjugal est indispensable. Le divorce ne supprime pas définitivement les droits acquis, l’ex-époux restant un ayant droit potentiel.
- **Le Pacs et le concubinage :** Quelle que soit la durée de la vie commune ou l’existence d’enfants nés de cette union, le Pacte civil de solidarité et l’union libre n’ouvrent strictement aucun droit à la réversion.
Comment s’effectue le calcul et le partage de la réversion ?
Lorsqu’il y a pluralité de bénéficiaires (par exemple, le conjoint actuel et un ou deux ex-conjoints), la pension globale de réversion n’est pas multipliée : elle est fractionnée entre les différents ayants droit.
Le partage s’effectue quasi systématiquement au prorata de la durée de chaque mariage, calculée de date à date et arrondie au nombre de mois inférieur. L’ordre chronologique des unions n’entre pas en compte dans le calcul, et la présence ou l’absence d’enfants communs ne modifie pas non plus les proportions.
Exemple concret de répartition
Imaginons un assuré décédé dont la pension de réversion totale (au titre du régime général) s’élève à 600 € par mois. Il a été marié à deux reprises au cours de sa vie :
| Bénéficiaire | Durée de l’union | Part de la réversion | Montant mensuel perçu |
|---|---|---|---|
| Premier ex-conjoint | 20 ans (240 mois) | 57,14 % | ~ 343 € |
| Second conjoint (survivant) | 15 ans (180 mois) | 42,86 % | ~ 257 € |
| **Total** | **35 ans (420 mois)** | **100 %** | **600 €** |
Cet exemple démontre clairement que le dernier conjoint marié ne perçoit pas nécessairement la part la plus importante si une union précédente a duré plus longtemps.
Les conditions d’éligibilité pour chaque ex-conjoint
Avoir été marié ne suffit pas toujours pour toucher sa part. Chaque ex-conjoint doit satisfaire aux exigences propres au régime de retraite concerné (régime général, fonction publique, régimes complémentaires).
1. Les conditions de ressources
Pour la retraite de base du régime général (Salariés du secteur privé, artisans, commerçants), l’attribution de la réversion est soumise à un plafond de ressources annuelles. Si les revenus personnels de l’ex-conjoint dépassent ce seuil, sa part de réversion lui est refusée ou réduite. Ce plafond s’apprécie individuellement pour chaque demandeur.
2. La question du remariage
Les conséquences d’une nouvelle union (mariage, Pacs) après le divorce varient radicalement selon les caisses de retraite :
- **Dans le régime général :** Le remariage n’interdit pas de percevoir la réversion d’un précédent mariage, mais les revenus du nouveau couple sont pris en compte pour vérifier le respect des plafonds de ressources.
- **À l’Agirc-Arrco (régime complémentaire des salariés) :** Le remariage fait **perdre définitivement** le droit à la pension de réversion de l’ex-conjoint.
- **Dans la fonction publique :** Le remariage, le Pacs ou le concubinage suspendent le versement de la pension. Toutefois, si cette nouvelle union prend fin (par veuvage ou divorce), le droit à la réversion peut être rétabli.
Que se passe-t-il en cas de décès ou de renonciation d’un des bénéficiaires ?
Si l’un des ex-conjoints éligibles décède, renonce à sa part ou perd ses droits (par exemple en raison d’un remariage dans un régime qui l’interdit), sa part n’est pas perdue pour les autres.
Les caisses de retraite procèdent alors à une reliquatisation : la portion de la pension qui était attribuée au bénéficiaire déchu ou décédé est réattribuée aux autres ayants droit proportionnellement à la durée de leurs mariages respectifs, ou partagée à parts égales selon le régime applicable.
Démarches : comment faire valoir ses droits ?
La caisse de retraite ne procède pas automatiquement au recensement de tous les ex-conjoints. C’est aux bénéficiaires potentiels d’effectuer les démarches.
1. Déposer une demande : Chaque ex-conjoint doit introduire sa propre demande de pension de réversion auprès des différentes caisses où le défunt a cotisé.
2. Fournir les justificatifs : Il est impératif de joindre le livret de famille, l’acte de décès, les jugements de divorce définitifs (mentionnant la date de dissolution du mariage) ainsi que les justificatifs de ressources si le régime l’exige.
3. Patienter pour l’instruction : Le traitement des dossiers peut prendre du temps, car la caisse doit identifier l’ensemble des ayants droit potentiels avant de figer le calcul définitif des quotes-parts.
FAQ : Vos questions sur la réversion avec plusieurs ex-conjoints
Un ex-conjoint divorcé a-t-il droit à la réversion s’il y a un conjoint survivant ?
Oui. Le divorce ne supprime pas les droits potentiels à la réversion. Le conjoint survivant et le ou les ex-conjoints se partagent la pension au prorata de la durée de leurs mariages respectifs, à condition de remplir les critères d’âge et de ressources.
Le dernier conjoint est-il prioritaire sur les ex-conjoints ?
Non, il n’y a pas de notion de priorité liée à l’actualité de l’union. Le partage s’effectue strictement en fonction de la durée de chaque mariage, exprimée en mois.
Les enfants nés d’un premier mariage augmentent-ils la part de réversion ?
Non. Contrairement à la majoration de pension accordée pour les enfants sur la retraite directe, la présence ou le nombre d’enfants n’influence pas le calcul ou le partage de la pension de réversion entre conjoints.
Que devient la part d’un ex-conjoint qui se remarie ?
Cela dépend du régime. Au régime général, cela n’annule pas le droit mais impacte le calcul via les ressources. À l’Agirc-Arrco, le remariage supprime définitivement le droit à la réversion, ce qui profite aux autres bénéficiaires.
Faut-il faire une demande groupée avec les autres ex-conjoints ?
Non, chaque ex-conjoint effectue ses propres démarches de son côté auprès des caisses de retraite. C’est l’organisme de retraite qui centralise les dossiers et calcule la quote-part revenant à chacun.




